Elles s’appellent Mirna, Jana, Joumana, Marie-Rose, Stéphanie ou encore Karma. Depuis le 17 octobre, elles ne quittent plus les rues de Beyrouth. Et si un parfum de révolution flotte sur le Liban, elles le clament haut et fort, les femmes n’y sont pas étrangères.


Il faut dire que l’omniprésence des femmes au cœur du mouvement de protestation qui agite le pays ne passe pas inaperçue. Elles sont partout : sur les blocages d’axes routiers, dans les rues, haranguant les foules mégaphone au poing, au sein des organisations de premiers secours, dans les débats et les réflexions collectives, etc.

À quelques pas de « l’Œuf » – un vestige de la guerre civile ressuscité par la jeunesse libanaise ces derniers jours –, un petit espace sous une tente leur a même été dédié. Marie-Rose Rahmé, qui milite ordinairement dans le Chouf, abonde : « Regardez ! Les femmes sont partout. Elles se tiennent même debout face aux groupes qui viennent pour nous interrompre. C’est une révolution pour le peuple libanais, mais aussi pour nous, les Libanaises. »

« Il y a autant d’hommes que de femmes dans les manifestations. À Beyrouth, à certaines heures, nous sommes même majoritaires. Nous nous emparons du destin de notre pays », s’enthousiasme Jana K., une jeune femme de 23 ans. « N’oublions pas quand même que la femme libanaise a toujours été très impliquée : certaines combattaient pendant la guerre [civile, de 1975 à 1990], d’autres travaillaient dans les hôpitaux, d’autres menaient des manifestations… », rappelle Joumana Konsol, 26 ans.

Vendredi 25 octobre, la tension est à son paroxysme : environ 200 supporters du Hezbollah ont investi la place Riad el-Solh et de violents incidents ont éclaté avec les manifestants massés sur la zone. Des manifestantes se sont alors positionnées en première ligne, réalisant un cordon de sécurité près de celui des forces de l’ordre afin d’éviter de nouveaux affrontements.

19 novembre : alors qu’une pro­po­si­tion de loi d’amnistie géné­rale doit être exa­mi­née au Parlement dès 7 heures du matin, des mil­liers de femmes et d’hommes venus de tout le pays bloquent les routes qui mènent à la place de l’Étoile. Les forces de sécu­ri­té natio­nales bouclent rapi­de­ment le quar­tier.

La colère est immense : ce pro­jet de loi doit notam­ment amnis­tier les cas de cor­rup­tion, d’évasion fis­cale et de crimes envi­ron­ne­men­taux com­mis par les res­pon­sables poli­tiques. Des groupes tentent d’arracher les bar­be­lés qui bloquent l’accès au Parlement. Si, depuis le début, les pro­tes­ta­taires s’accordent à adop­ter une stra­té­gie non-vio­lente, des inci­dents éclatent avec l’armée tout au long de la mati­née.

La situa­tion est extrê­me­ment ten­due. Des tirs de semonce sont rap­por­tés du côté de l’armée. En fin de mati­née, la foule exulte. Faute de quorum1 suf­fi­sant, la séance légis­la­tive est repor­tée pour la seconde fois : déjà, le 12 novembre, le peuple était par­ve­nu à empê­cher la tenue de la séance.

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